Les clefs

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Les clefs

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MARIA

Comme chaque matin, je traverse votre quartier et contrairement aux autres jours, je ne vous aperçois chez aucun des commerçants. C’est donc seule que je me dirigerai vers votre immeuble. Je sonne chez vous, j’entends vos pas dans le couloir, bientôt vous êtes près de la porte d’entrée, vous en secouez la poignée nerveusement mais la serrure ne semble pas prête à céder. Vous me dîtes être enfermée et ne pas pouvoir sortir de chez vous. Au travers de la porte  je vous perçois angoissée, je sens  la panique vous gagner. Je vais faire en sorte de dédramatiser le problème car il serait préférable que vous parveniez à vous libérer par vous-même.

Une fois de plus, je bénis l’invention du téléphone portable. Je vais donc sortir le mien de mon sac, former votre numéro et bientôt une première sonnerie s’échappe de votre bureau. Dès qu’elle retentit, je vous entends quitter hâtivement la porte pour aller répondre. Nous y voilà, je sais que votre téléphone est posé sur votre secrétaire, lequel est installé juste devant la croisée du premier étage. Celle-ci donne sur la rue, je descends et je vais me poster juste en dessous. Toujours à l’aide de mon téléphone je vous demanderai alors d’ouvrir la fenêtre du bureau. Vous vous exécutez et je suis là, tout près. Vous semblez rassurée, vous vous sentez tout de suite moins prisonnière, moins seule. Nous allons pouvoir parler plus confortablement. Je vais vous proposer de vous rendre dans différentes pièces, vers chacun des endroits où vous êtes supposée avoir mis vos clefs.

Je connais bien vos habitudes, nous nous rencontrons depuis quelques mois déjà. En fonction de l’idée qui me vient, je vous fais une proposition et vous partez à la recherche du trousseau de clefs. Nous passerons ainsi environ une demi-heure. Entre-temps, vous êtes apparue à la fenêtre, avec en main : une brosse à cheveux, un morceau de pain, un foulard. Finalement, après maints allers et retours ponctués d’un bavardage que l’on veut léger et joyeux, je vous vois revenir dans l’encadrement de la fenêtre avec le précieux trousseau dans la main.

Je vous demanderai de le glisser tout de suite dans votre poche, ce que vous faites et je vous dirai : je peux monter un moment chez vous ?  Vous voulez  bien aller m’ouvrir ?  Vous quittez la fenêtre, clefs en poche, et moi je me dépêche de grimper l’escalier. Nous voilà de nouveau chacune d’un côté de la porte fermée. Mais cette fois-ci  il suffira juste de vous demander de sortir les clefs de la poche de votre veste, et voilà c’est fait, un petit tour dans la serrure et vous êtes libérée.

Heureuse, vous souriez, vous me demandez d’attendre un Instant… le temps d’attraper votre sac à main sur la console et vous me rejoignez sur le palier. Vous fermez soigneusement votre porte à clef et gaiement, vous me dîtes:
– On y va ?
Ce matin vous avez dû  attendre si longtemps ce moment-là, que je ne peux que vous suivre !
– Oui, allons-y… (Nous verrons plus tard pour  les tâches  qui nous attendent à l’intérieur).

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SYNTHESE

La personne malade part à la recherche de quelque chose mais en cours de route, elle oublie ce qu’elle cherchait ou elle n’identifie pas l’objet. Ainsi, elle peut passer plusieurs fois devant sans le voir. Une fois  rassurée, dans le calme et en prenant son temps, comme nous l’avons vu, elle peut arriver à résoudre certains de ses problèmes.  Aussi,  s’évertuer à lui répéter : «  Fais bien attention à tes clefs ! N’oublie pas encore ton sac quelque part ! » Ne sert à rien.  Elle s’y efforce déjà tellement. Par contre, elle entendra que l’on doute de ses capacités et cela  ne peut que l’attrister et la déstabiliser davantage. 

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